Le lion et la perle est la deuxième pièce de théâtre de Wole Soyinka mais la première à paraître en traduction française. C’est une œuvre courte (3 actes), rythmée, savoureuse à lire, au premier abord assez légère voire un peu grivoise. L’éditeur la présente comme « une comédie de mœurs dans la tradition satirique de Molière, mais en même temps très africaine ».
Lakounlé : Donne-moi ça !
Sidi : Non.
Lakounlé : Donne !
(Il s’empare du seau ; un peu d’eau l’éclabousse)
Sidi : (ravie) Te voilà trempé, pour la peine ! N’as-tu pas honte ?
Lakounlé : C’est ce que la marmite disait au feu : N’as-tu pas honte, à ton âge, de me lécher le derrière ? Mais ça la titillait quand même !
Cette pièce de théâtre se déroule au centre d’un village et raconte la lutte que se livrent le chef Barocka – homme d’action rusé comme un renard, pétri de sagesse traditionnelle – et l’instituteur Lakounlé, pour posséder cette perle qu’est la jeune et jolie Sidi, un peu naïve, fascinée par les mirages de l’Occident.
C’est une œuvre qui illustre l’opposition entre tenants de la tradition et promoteurs d’un certain modernisme, sans pour autant être dans une construction manichéenne. Au fil de la pièce, les personnages principaux deviennent tout à tour partisan de la tradition contre la modernité, ou l’inverse. Le langage poétique et le déroulement dramatique dans lequel s’insèrent trois grandes des scènes de mime révèlent un sens accompli du théâtre.
A propos de l’auteur
Auteur nigérian, W. Soyinka écrit en langue anglaise. Son père était un pasteur anglican et il a grandi sur une station missionnaire. C’est ce qu’il raconte dans Aké les années d’enfance où il retrace ses souvenirs. Il reçoit le Prix Nobel en 1986 : il est alors le premier Africain et premier noir à recevoir ce prix récompensant son œuvre multiforme et foisonnante (poésie, théâtre, romans, essais, textes autobiographiques). Il a connu la prison mais aussi l’exil, pour avoir exprimé son opposition à plusieurs régimes dans son propre pays. W. Soyinka est connu pour avoir très tôt manifesté une prise de distance par rapport au mouvement de la négritude incarné par Léopold Sédar Senghor. Un mouvement qu’il juge trop enclin à se complaire dans le ressassement des méfaits de la colonisation, d’entretenir amertume, rancune… Au lieu de se saisir de la chance qui lui est désormais offerte de se créer pour lui-même.
Un tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit.
Wole Soyinka



