« Comment l’étudiant en théologie de la Mission de Bâle, Jacques Welsch, tailleur de son état, après avoir déserté, pour la bonne cause, une armée française en déroute, réussit, selon son vœu le plus cher, à partir en 1871 comme missionnaire aux Indes et à y épouser la femme de sa vie, l’institutrice Sophie-Caroline Vonthron. »
Jean-Paul Haas, théologien mais aussi journaliste, possède à merveille l’art de raconter. L’art de faire vivre, selon une recette bien à lui, des personnages haut en couleur puisés à la source de sa propre histoire familiale. Rédigé sous forme d’échanges épistolaires et de journaux intimes, le Dieu de Bâle, biographie de ses arrière-grands-parents, s’adresse à tous, selon une visée éducative affirmée.
La volonté de dépoussiérer, bien plus, de démystifier la Mission, est claire : loin des personnages austères, coincés dans leur redingote et leurs principes, – les « Vénérés Pères » de Bâle -, la Mission s’incarne dans un couple de jeunes gens amoureux, intrépides et passionnés. L’histoire missionnaire est ici abordée du point de vue des missionnaires et sous l’angle des relations entre des personnes d’arrière-plans culturels et religieux différents qu’un vécu commun contribue peu à peu à rapprocher.
Ainsi donc, la ‘Mission de grand-papa’ n’aurait pas eu pour seul visage celui auquel on la réduit un peu vite : une entreprise de conversions, compromise dans la conquête coloniale, son impérialisme et son mercantilisme. A n’en pas douter, le Dieu de Bâle nous en dit autant sur Jean-Paul Haas et sur sa lecture de cette histoire missionnaire que sur ses ancêtres, des ancêtres qu’il dépeint éloignés de toute piété sentimentale, soucieux de témoigner du message évangélique autant par l’action auprès des plus démunis que par la prédication. Il a en outre le mérite d’apporter un éclairage original sur des thématiques assez peu «classiques » dans la littérature : qu’il s’agisse des relations du missionnaire avec sa société de missions, de ses relations avec le personnel autochtone, ou bien encore du rôle de la femme du missionnaire et de la problématique de l’aide directe à côté du soutien institutionnel.



