La saison des pluies : l’Afrique dans le monde

Auteur(s) : Stephen Ellis ; Johan-Frédérik Hel Guedj (trad.)

Date de publication : 2023

Éditeur : Éditions de la Maison des sciences de l'homme

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Publier en 2023 la traduction d’un ouvrage paru en anglais douze ans plus tôt… voilà un pari audacieux. Un pari que justifie tout autant le niveau d’expertise universitaire sur l’Afrique – unanimement reconnu – de son auteur, Stephen Ellis (1953-2015), qu’une connaissance intime du continent, arpenté de long en large par celui-ci. Avec cet essai, S. Ellis a pour ambition de proposer une réflexion neuve sur la place actuelle du continent africain dans le monde. Ses analyses, situées principalement sur les terrains politique et économique, portent sur un demi-siècle (1960-2010). Elles ne se veulent le reflet d’aucun courant idéologique et ne sont donc là pour plaire à personne. Nous voici invités à un retournement de perspective : « expliquer les choses sans recourir à la théorie de l’Afrique victime ou de l’Afrique incompétente, ou à ses variantes ».

Stimulant dans sa prétention à « décoloniser » des esprits occidentaux encore trop attachés à certains mythes (sur le rapport de l’Afrique au développement, ou encore à la dépendance), cet essai reste, dans sa dimension prospective, une entreprise risquée comme l’auteur en avait assurément conscience : « les signes de la saison des pluies » ne disent-ils pas que ce que chacun veut qu’ils disent ?

Les présages sont là pour être interprétés. C’est la raison pour laquelle j’ai intitulé ce livre d’après un poème de l’écrivain Simon Mpondo : il y décrit l’arrivée de la pluie dans son Cameroun natal, qui permet au maïs de fleurir, à l’hirondelle de migrer et à l’araignée de tisser sa toile. Mais les signes que les gens lisent dans ces mouvements demeurent toujours ambigus. En fin de compte, ceux qu’offre la nature au début de la saison des pluies sont incertains et nous disent davantage sur la saison passée que sur la prochaine. Le désir de regarder loin devant soi étant un trait propre à la nature humaine, nous nous sentons néanmoins obligés de les lire.

Stephen Ellis, p. 19-20