Plus de cinquante années se sont écoulées depuis la parution de ce recueil de poèmes et pourtant les textes sont toujours aussi évocateurs. Certains poèmes datés entre 1955 et 1962 ont été écrits dans des lieux géographiques bien différents : Pointe-Noire, Brazzaville, Dakar, Paris, Valenton, Asnières et même en Suède. Selon Jean-Pierre Makouta, le poète ne doit pas s’enfermer ni se limiter à un lieu ou une époque. L’auteur revendique le droit d’écrire sur tous les lieux et tous les sujets peu importe ses origines. Ainsi écrit-il dans sa préface : ‘Pourquoi vous astreindre à un chant unique, comme s’il était indispensable, pour qu’on vous reconnût, de ne chanter que vous-mêmes ? ».
Soyons engagés si nous en avons le don ; mais ne soyons pas à la solde d’une époque ni d’un climat : ils passeront, et nos écrits doivent demeurer. Il faut de la marge pour que l’esprit ne soit pas prisonnier d’un espace, spatial ou temporel.
Jean-Pierre Makouta
Jean-Pierre Makouta assume dès sa préface « une poésie claire et agréable ». Le recueil est divisé en trois cahiers, chacun possédant un titre distinct : « L’enfant », « Ascension » et « Combat ». Les thématiques abordées sont universelles et intemporelles. Dans le premier cahier, le poète évoque la mère décédée, la nature (soleil et pluie) et la terre natale.
Ramenez-moi chez mon père,
extrait de « Ramenez-moi chez mon père »
Dans la région de ma mère
Éloignez-moi de cette ville sans âme,
Où tout pourrit et se putréfie ;
Où tout tombe en ruines, même le souvenir.
Dans le deuxième cahier, l’enfant, en devenant adulte, n’est plus tourné vers lui-même mais vers les autres dont la première personne est d’abord la femme. Les poèmes vont donc chanter le désir, le corps de la femme, les affres de l’amour mais aussi son mystère et sa beauté.
Est-il possible que deux êtres sans parler
extrait de « Rose sacrée »
Ensemble conversent, et par un frisson mystérieux,
Se disent des choses secrètes ?
Le poète prend un engagement poétique dans le cahier final. Il évoque l’humiliation et le mépris des colonisateurs mais interpelle aussi ceux qui ont le pouvoir.
« Seigneur, je te suivrai partout et toujours !
« Le Coq ne chantera pas »
Quand Dieu même t’abandonnerait,
Quand Satan te saisirait
Je te resterais fidèle, Seigneur ! »
Mais le coq ne l’oublia pas :
Au troisième chant il le lui rappela.
Chefs des hommes,
Craignez que pour vous
Le coq ne dorme
Car, croyez-moi,
Vous nous avez reniés.
A travers ses poèmes, l’auteur dénonce les injustices, la guerre et la misère mais invite aussi à construire ensemble.
Au-delà du Congo-Brazzaville, soixante-dix ans après l’écriture de ces poèmes, le lecteur est interpellé dans son humanité et sa sensibilité. Mais il est aussi questionné sur son propre engagement à construire un monde plus juste.
Armons notre âme de bleu,
extrait de « Construire »
Et revenons sur la route
Pour construire en commun
L’édifice délaissé.



