Une brillante machine à remonter le temps pour nous aider à comprendre d’où vient le monde tel qu’il se donne à nous aujourd’hui, interconnecté, interdépendant. Six tableaux de peintres hollandais – Johannes Vermeer et Hendrik Van der Burch – sont choisis comme autant de portes d’entrée dans les couloirs du temps et de l’espace.
Des œuvres qui viennent à nous depuis ce XVIIe siècle, période d’une expansion inédite des relations commerciales à l’échelle de la planète, et à partir de la ville de Delft et son port, lieux emblématiques de celle-ci. Une nouvelle géographie du monde émerge. Selon laquelle les personnes et les biens – mais aussi les idées – circulent de partout vers partout. Au cœur de ce réseau qui, désormais, relie les hommes, tous les hommes : l’argent – possibilité infinie d’accumuler des richesses – et la traduction, nécessaire médiation. XVIIe siècle, point de départ d’un nouvel ordre mondial qui voit également la naissance de l’état moderne.
Le génie de T. Brook ? Nous permettre à nous, lecteurs, d’appréhender cette Histoire en voie de globalisation, de la rejoindre à travers des récits concrets de vies ordinaires, de voyageurs ou sédentaires, en partant d’un simple « détail » : un chapeau, un globe terrestre, une pipe, une jatte de fruits, une balance ou encore un jeune serviteur noir. Soudain, en cette deuxième moitié du XVIIe siècle, « La planète n’était plus une succession de lieux tellement isolés les uns des uns qu’il pouvait se passer quelque chose en un point sans que cela exerce le moindre effet sur ce qui arrivait ailleurs. L’idée d’une humanité commune se faisait jour et, avec elle, la possibilité d’une histoire partagée. »
Interconnexion, interdépendance… Des notions qui nous sont devenues familières. Un enjeu pour l’avenir selon T. Brook : « En tant qu’espèce nous devons trouver le moyen de raconter le passé d’une manière qui nous fasse reconnaître et admettre la nature globale de notre expérience. »
Idéal utopiste, s’interroge-t-il, impossible à atteindre jamais ? Peut-être… Mais il n’en demeure pas moins que, pour lui :
Si nous arrivons à percevoir que l’histoire d’un lieu, quel qu’il soit, nous relie à tous les lieux, et en dernier recours, à l’histoire du monde entier, alors il n’existe aucun élément du passé – aucun holocauste, aucun exploit – qui n’appartienne à notre héritage collectif.
Pour les citations, voir les p. 321-322.



