Premier roman de Thomas Mofolo, l’auteur de Chaka. Paru en langue sotho en 1907.
Fékisi, le héros, est « un homme, non pas seulement un simple humain […] mais un homme véritable dans sa manière d’agir, un homme vrai au travers de toute sa personnalité, un homme et dans son intimité et face au monde, un homme dans la souffrance et dans la joie, dans son bien-être comme dans l’épreuve, dans son dénuement comme dans la plénitude ». Le cœur de Fékisi bat à l’unisson du monde naturel mais le petit berger mosotho souffre au plus profond de son âme devant le mal qui défigure l’humanité. Un mal qu’il ne parvient pas à réconcilier avec la beauté et l’harmonie du monde, pas plus qu’avec l’intention d’un Dieu créateur. Aussi Fékisi décide-t-il de partir, laissant tout derrière lui sans espoir de retour : troupeaux, famille, village, pays. Il part en direction du levant, par-delà les limites du monde connu de lui et des siens, en quête des origines. Il part répondant à la voix intérieure qui l’appelle à « chercher Dieu jusqu’à ce qu’il le trouve ».
Roman d’une rupture… ou d’un arrachement ? Fékisi ne part pas en paix, le cœur léger : il s’enfuit, il s’arrache, au prix d’un effort inouï, de la terre qui, jusque-là, l’a nourri. Conscient que l’acte douloureux qu’il pose est nécessaire car « ils ne voient pas les choses comme je les vois moi, cela tient à la manière dont nous avons été créés, des êtres qui ne se ressemblent pas entre eux ». Acte douloureux mais nécessaire pour être fidèle à soi-même, à cet idéal de pureté, de vérité qu’il choisit de placer au-dessus de toute forme d’attachement. Fékisi, unique devant Dieu ? Unique… et seul.
Mofolo inscrit la quête mystique de son héros dans un mouvement inverse de celui qu’a connu le peuple basotho lors de la venue des premiers missionnaires étrangers (Cf. J.F. Zorn). C’est à Fékisi le Mosotho que revient l’initiative de la démarche. C’est lui qui s’avance de lui-même, librement, à la rencontre des étrangers dont les réponses combleront finalement son attente.



