Par le fil je t’ai cousue

Auteur(s) : Fawzia Zouari

Date de publication : 2023

Éditeur : Plon

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Romancière franco-tunisienne, Fawzia Zouari s’inspire de sa vie pour raconter les bouleversements de la Tunisie, après le départ des Français. Le Président Bourguiba entraîne le pays dans une modernité à marche forcée. L’héroïne, une fillette nommée Bagassa, observe cette modernité venir percuter son village rural et les traditions ancestrales. Sa mère – toute puissante et autoritaire – se voit contrainte de laisser sa cadette partir à la ville voisine pour s’instruire. Comme Bagassa, F. Zouari appartient à cette première génération de femmes – celles que l’on nomme « les filles de Bourguiba » qui accèdent à l’école obligatoire.

Les vieux pensaient que les temps étaient immuables alors même que tout changeait. Les informations en provenance de la capitale et les nouvelles mesures prises par Habib Bourguiba ébranlaient notre univers ancestral. Les voyageurs de passage apportaient avec eux d’autres façons de se comporter.  (p. 267)

Le récit est rythmé par des mouvements d’aller-retour – géographique, temporel, narratif. A l’image du métier à tisser qui va et vient lors du rituel d’ensorcellement vécu par la fillette pour protéger sa virginité.

‘Ferrer’, ‘sceller’, ‘blinder’, synonymes du même acte. Un métier à tisser, des grains de raisin sec, trois phrases, et le tour était joué.

Point de départ et clôture du roman, ce rituel pose le « fil » conducteur : le rapport au corps. Prenant conscience de son corps de femme en devenir, la fillette comprend que pour échapper à sa condition, pour « couper le fil », elle devra faire disparaitre ce corps et s’invisibiliser aux yeux des hommes.

C’est pourquoi il m’arrive aujourd’hui de lire l’histoire des femmes de mon pays comme une impasse, des allers et retours entre liberté et oppression, avancées et reculs, sans que se dégage, hélas ! l’horizon d’une émancipation durable. (p. 268)