Découverte en 2018 avec son premier roman Et ma langue se mit à danser, Ysiaka Anam revient avec un texte poétique. Changeant de forme littéraire, elle continue d’interroger les conséquences de la migration sur la construction de l’identité : comment se construire avec les silences dans le récit de l’histoire collective et personnelle, avec l’oubli, le déracinement et la perte de la langue maternelle ?
Dépossédés
De nos corps
De nos langues
De nos histoires
Nous ferons de la dépossession
Notre point d’ancrage
Le lieu depuis lequel on se fera
Source
Semence
Et terre à la fois.
Ysiaka Anam utilise la littérature pour dire l’intime. L’œuvre fictionnelle a permis une distance pour sortir du silence. Mais la poésie, c’est le langage de l’âme, la voix de l’intime : dans ce poème, les mots y sont plus forts, violents et douloureux.
Ma peau aurait pu guérir
Des violences d’hier
J’y ai mis des baumes
Du souffle
Et quelques poèmes
Mais impossible de la soigner
Trop souvent, on revient la percer.
Au fil du poème, se dévoile l’histoire d’un « Je » imbriquée dans celle d’un « Nous » commencée bien avant le monde, avant que le réel le percute, avant le rapt inaugurant la Grande Saignée. L’eau, le temps et l’oubli traversent ce poème et entrent en résonnance avec l’exil, la langue et la couleur de peau.
Nous sommes nés déplacés
Décalés
Dépassés
Nos corps tombent en silence
Recueillis par l’oubli
Seule la terre sait combien
Des nôtres elle engloutit
Et l’océan se demande
Quelle part il y prit.



