Églises d’Afrique, Églises d’Europe, 1960-2010
Pourquoi une exposition à l’occasion du Cinquantenaire des indépendances en Afrique ? L’année 1960 marque l’indépendance de nombreux états africains par rapport à une métropole, ex-puissance coloniale. En quoi les Eglises, et les Églises protestantes en particulier, sont-elles concernées par ces événements ?

Dépendance
A l’aube des indépendances, la Société des Missions Evangéliques de Paris (SMEP) est présente dans plusieurs pays d’Afrique et du Pacifique liés à la France mais aussi à la Grande-Bretagne. On parle alors de « champs de mission ». La SMEP y est présente en la personne de ses missionnaires – pasteurs, enseignants, médecins et infirmières, animateurs de jeunesse, ainsi que divers personnels techniques -, et de leur famille. Son autorité sur l’Eglise locale s’incarne dans la Conférence missionnaire. Cet organe, propre à chaque champ de mission et qui réunit chaque année l’ensemble du personnel missionnaire, est le véritable centre de décision de l’Eglise.

Indépendance
Les Églises d’Afrique deviennent autonomes souvent quelques années avant les états. L’année 1957 marque ainsi l’accession à l’autonomie pour deux premières Églises dépendantes de la SMEP, l’Église évangélique du Cameroun et l’Union des Églises baptistes du Cameroun. Selon les termes mêmes du directeur de la Société des missions, Charles Bonzon, « Cet événement inaugurait un nouveau temps dans l’histoire de la SMEP ». En 1964, les Églises du Lesotho et du Zambèze sont les deux dernières Églises liées à la Société des missions à franchir le pas de l’autonomie. Pour Marc-André Ledoux, autre membre de la direction de l’époque, « L’autonomie des Églises n’est pas une conséquence des événements politiques récents. En fait, elle est l’aboutissement du travail des missions. Elle est fonction de la maturité de ces Églises , de la qualité de leurs cadres, beaucoup plus que des modifications constitutionnelles. » Comment ne pas entendre là le désir de renouer avec l’intention d’origine des missions protestantes au 19e siècle, perdue de vue avec la colonisation : planter de nouvelles Églises mais surtout ne pas s’installer ?
Comment ne pas entendre là le désir de renouer avec l’intention d’origine des missions protestantes au 19e siècle, perdue de vue avec la colonisation : planter de nouvelles Églises mais surtout ne pas s’installer ?
Les « jeunes Églises » – comme on les appelle alors -, une fois devenues autonomes, ont la lourde tâche d’ouvrir une voie nouvelle, avec la communauté nationale au sein de laquelle elles sont appelées à vivre et à témoigner. Comment situer leur rôle vis-à-vis de ces états émergents, eux-mêmes encore occupés à chercher leurs marques ? Comment être partie prenantes du développement des sociétés où elles sont implantées, sans s’éloigner de leur vocation propre qui est d’annoncer l’évangile ? Il y a là des difficultés que Charles Bonzon n’hésite pas à souligner : « si cette autonomie est un combat pour la jeune Église, c’est qu’elle exige d’elle une lutte persévérante contre sa propre faiblesse pour assumer les lourdes responsabilités devenues désormais les siennes“.

Interdépendance
Ces solidarités avec les nouveaux états signifient-elles enfin pour les jeunes Eglises qu’elles n’ont plus rien à faire avec les anciennes métropoles ? Avec la Société de missions qui les a jusque-là accompagnées ? Avec les Eglises d’Europe ? Et si la rupture pure et simple n’a pas lieu d’être, car « autonomie ne signifie pas solitude » (Marc-André Ledoux), sur quelle base poursuivre les collaborations ? Quel modèle de relations mettre en place ?
L’histoire ne s’est pas arrêtée en 1960. Elle ne s’est pas non plus arrêtée en 1971 lorsque la Société des missions évangéliques de Paris a cédé la place à deux organismes :
- La Cévaa, communauté internationale regroupant Églises du Nord et du Sud, « jeunes » et « vieilles » Églises !
- Le Défap, Service missionnaire de cinq Églises protestantes françaises

En 2011, la Cévaa et le Défap célèbrent leurs quarante ans d’existence. Les Églises protestantes à Madagascar, au Cameroun, en Zambie continuent jusqu’à aujourd’hui d’entretenir des liens fraternels faits d’échange et de partage avec les Églises protestantes en France. Quel bilan peut-on établir de ces relations nouvelles ? Le modèle communautaire novateur mis en place dans la suite des autonomies a-t-il fait ses preuves ? Est-il encore pertinent dans le contexte actuel de globalisation ? Ce pourrait être le sujet d’une prochaine exposition.
Des choix
Pour illustrer cette période riche à la fois d’interrogations et d’espoirs, trois contextes ont été retenus : le Cameroun (champ de mission depuis 1917), Madagascar (champ de mission depuis 1896) et la Zambie (champ de mission depuis 1885). Ces 3 pays sont déclinés sous 3 aspects : l‘indépendance du pays, l‘autonomie de l‘Eglise, l‘Eglise en action.
L’exposition a été réalisée à partir des ressources du fonds photographique de la SMEP. Les textes résultent pour l’essentiel du dépouillement de la presse protestante de l‘époque, entre 1955 et 1965.


