1914-1918, une société de mission dans la guerre

Des hommes d’ici et de là-bas. Des hommes que la guerre soudain rapproche ou éloigne.

1914 : la Société des missions n’échappe pas à la tourmente. 

Elle est touchée au près, en France même : le personnel de son siège à Paris – trois de ses quatre directeurs – mais aussi les élèves de son École, sont mobilisés. 

Elle est atteinte au loin, dans ses « champs de mission » en Afrique et dans le Pacifique : son personnel missionnaire masculin doit répondre à l’appel sous les drapeaux et rentrer en France. Seuls restent sur place le personnel féminin, ainsi que ceux que leur nationalité (ils sont citoyens d’un pays neutre, la Suisse) ou leur âge ne contraint pas au retour. 

Pour le directeur Jean Bianquis, seul à la barre, les problèmes qui se posent sont innombrables, la charge incroyablement lourde à porter.

La Maison des missions désertée
La Maison des missions désertée
Jean Bianquis, futur directeur de la SMEP : au premier rang, troisième en partant de la gauche
Photo de la Conférence missionnaire de Madagascar, 1905
Jean Bianquis, futur directeur de la SMEP : au premier rang, troisième en partant de la gauche
Photo de la Conférence missionnaire de Madagascar, 1905
Tract de présentation de la SMEP - Année 1912
La situation de la Société des missions à la veille de la Guerre
Tract de présentation de la SMEP – Année 1912
La situation de la Société des missions à la veille de la Guerre
Tract de présentation de la SMEP - Année 1912
La situation de la Société des missions à la veille de la Guerre
Tract de présentation de la SMEP – Année 1912
La situation de la Société des missions à la veille de la guerre.

Ces protestants d’outre-mer, pour la première fois en métropole, comment les protéger des méfaits de cette « civilisation » qu’on a pourtant contribué à leur « apporter », avec l’Évangile ? « 

Quelque part dans les Balkans
Photo de groupe à la fin d'un culte protestant devant une Eglise grecque bombardée : soldats malgaches, français et tahitiens autour des aumôniers Lafont et Dartigue - s. d

A la fin d’un culte protestant devant une Eglise grecque bombardée, quelque part dans les Balkans : soldats malgaches, français et tahitiens autour des aumôniers Lafont et Dartigue – s. d.
Soldat malgache engagé dans l'Armée d'Orient - janvier 1919
Soldat malgache engagé dans l’Armée d’Orient – janvier 1919
Bombardement de Papeete, Tahiti - 22 septembre 1914
Bombardement de Papeete, Tahiti – 22 septembre 1914

Comment continuer à soutenir l’œuvre missionnaire là où les hommes, et en particulier les plus jeunes, viennent à manquer ? Comment maintenir le moral de ceux qui, loin de la métropole, isolés,  se découragent, inquiets pour un fils, un frère, un père, un mari ? 

Comment accueillir mais aussi accompagner, au front comme à l’arrière, ces soldats  – Malgaches, Tahitiens, Kanaks -, ces frères en humanité devenus frères en Christ par le travail même de la mission ? Eux, ces protestants d’outre-mer, pour la première fois en métropole, exposés au danger et à la mort « pour nous », comment les protéger des méfaits de cette « civilisation » qu’on a pourtant contribué à leur « apporter », avec l’Évangile ? 

Et – ce ne sera pas le moindre des soucis – , où chercher… et trouver le soutien matériel quand les capitaux en France même, font défaut ? 

Le protestant français n’échappe pas au sentiment qu’il doit, plus qu’un autre, faire la preuve qu’on peut être à la fois protestant et « bon » Français…

Comment  faire face à tous ces défis, dans un contexte où – mais cela est vrai depuis la fin du 19e siècle -, le protestant français n’échappe pas au sentiment qu’il doit, plus qu’un autre, faire la preuve qu’on peut être à la fois protestant et « bon » Français. C’est une nouvelle fois le cas dans cette guerre où « l’ennemi » est un peu rapidement identifié à sa religion : « l’Allemand n’est-il pas d’abord protestant  ? « 

Enfin, il y a la question de l’après, celle qu’un homme dans la position de Jean Bianquis ne peut pas ne pas se poser. Quel sera l’avenir de la mission ? Sera-t-elle simplement encore possible après pareil cataclysme ? 

Accueil de tirailleurs malgaches au sein de la communauté protestante de Toulon - mai 1918
Accueil de tirailleurs malgaches au sein de la communauté protestante de Toulon – mai 1918
Soldats devant le temple protestant d'Antibes, 27 avril 1919, avec les pasteur L. Sautter, Z. Arnal et E. Lenoir
Soldats devant le temple protestant d’Antibes, 27 avril 1919, avec les pasteur L. Sautter, Z. Arnal et E. Lenoir.
Tirailleurs malgaches protestants
Tirailleurs malgaches protestants – s. d.
Accueil de soldats malgaches au sein de la paroisse de Toulon
Accueil de soldats malgaches au sein de la paroisse de Toulon – s. d.

Comment, dans une guerre dont on tend à perdre le « sens » tant elle éprouve les corps, les cœurs et les esprits, concilier accomplissement du devoir patriotique et obéissance à Jésus Christ ?

Jules-Philippe Guiton (1885-1917) pasteur-missionnaire au Lesotho à partir de 1912.
Devenu sergent, il refuse finalement pour motif de conscience de porter les armes.

Mais certaines questions sont encore plus profondes. Comment donner sens à ces deuils qui viennent, innombrables, décimer des familles entières ? Comment continuer à témoigner d’un Dieu qui aime ses enfants, tous ses enfants, ceux d’ici et ceux de là-bas ? 

Surgit « la » question, aussi intime qu’ultime, que quelques-uns, rares, oseront poser à haute voix : comment, dans une guerre qui semble ne jamais devoir finir et dont on tend à perdre le « sens » tant elle éprouve les corps, les cœurs et les esprits, concilier accomplissement du devoir patriotique et obéissance à Jésus-Christ ?

© Défap-Service protestant de mission 2014